Les Oscars 2024
ou les Bérénice Awards
Bonjour!
Voici une publication que j’écris rapidement entre deux leçons d’anatomie pour discuter des Oscars qui avaient lieu hier soir!
Qui par ailleurs étaient super durs à regarder sans créer d’abonnement à une chaine de télé que je ne regarderais pas. L’abonnement qui n’a pas été inutile cette année, c’est ma carte de fidélité Cineplex, il y avait vraiment plein de bons films à regarder au cinéma !
Je vais parler rapidement des films nommés que j’ai vus cette année et commenter les différentes nominations. Il reste trois films en compétition que je n’ai pas vus et que je garde pour les mois plus secs - cinématographiquement parlant – qui arrivent : Anatomy of a fall (Français), The zone of interest (Anglais) et Past Lives (États-Unis). Deux de ces trois films sont européens, ça en dit long sur mon penchant pour le cinéma américain.
Trop souvent on oublie qu’il y a une énorme part de subjectivité dans toutes critiques, et je trouve que ça devrait rester vivant et spontané. Certains critiques devraient arrêter de vouloir se montrer plus intelligents ou importants que la moyenne et de se faire bien voir par leurs pairs. Aussi, je sais qu’il y a une grande part de politique qui rentre en jeu, à la fois dans les nominations et les récompenses aux Oscars, mais aussi dans les films eux-mêmes. Je n’ai pas envie de parler de politique, je vais seulement dire ce que je vois avec mes yeux de cinéphile.
Parmi les films qui ont reçu plusieurs nominations, il y a :
Oppenheimer
Poor Things
American Fiction
Maestro
Killers of the Flower Moon
Barbie
The Holdovers
Liste complète ici.
Oppenheimer de Christopher Nolan
En 1942, convaincus que l'Allemagne nazie est en train de développer une arme nucléaire, les États-Unis initient, dans le plus grand secret, le "Projet Manhattan" destiné à mettre au point la première bombe atomique de l'histoire.
Je ne connais personne qui ait pensé que ce n’est pas un bon film.
Il y a un peu de tout dans ce film: du suspens, de la science, de la passion, de l’infidélité, du doute, des explosions (forcément)… On ressort de la salle de cinéma avec un énorme sentiment de satisfaction.
Mais est-ce que c’est un film que j’ai adoré? Je ne sais pas.
J’ai envie de dire que c’était un film intelligent… Mais je sais plus pourquoi.
Que c’était beau ? Ce n’est pas le mot.
Les prestations des acteurs ne m’ont pas particulièrement éblouie, peut-être que c’est parce que c’est exactement ce qu’on attend d’eux.
Idem pour le montage.
Je ne me rappelle pas vraiment les dialogues.
Peut-être que c’est parce que je l’ai vu il y a déjà 6 mois, mais il n’y a pas un seul aspect que je retiens comme étant exceptionnel. C’est le film dans son ensemble qui est réussi et cohérent, une pièce bien menée par son chef d’orchestre.
Il mérite de gagner meilleur réalisateur.
Voilà, je vous ai donné le résultat pour une première catégorie, « Best Director » gagnée par Christopher Nolan.
En face, il y avait les deux films européens que je n’ai pas vus, Killers of the Flower Moon de Martin Scorcese et Poor Thing de Yórgos Lánthimos.
Poor Things de Yórgos Lánthimos
Bella est une jeune femme ramenée à la vie par le brillant et peu orthodoxe Dr Godwin Baxter. Sous sa protection, elle a soif d'apprendre. Avide de découvrir le monde dont elle ignore tout…
Ce n’est pas un film pour tout le monde: il faut aimer les excès, le burlesque, le travail de Gaudi et l’époque victorienne.
Vous comprenez donc que les costumes et les décors sont fabuleux et fantastiques. J’ai été voir le film le soir du Nouvel An et c’était parfaitement approprié : un spectacle pour les sens.
Le film a gagné l’oscar pour « Costume Design », « Production Design » et « Makeup and Hairstyling ». Je pense qu’il n’y a jamais eu de doute sur le vainqueur de ces catégories.
Il y a un casting parfait: Emma Stone, Willem Dafoe et Mark Ruffalo dans son meilleur role.
Je ne sais pas combien je peux vraiment juger du scénario parce que c’est une adaptation d’un livre, mais il y a beaucoup de bonnes idées et des dialogues pleins d’esprit. Ça donne envie de lire le livre, c’est un univers magique dans lequel j’aimerais bien me replonger.
J’ai vu beaucoup de comparaisons (faciles) de l’histoire avec celle de Frankenstein. Pour moi qui prends des cours d’anatomie, j’ai trouvé le thème du savant fou (dans ce cas un chirurgien) particulièrement intéressant. On balance entre fascination et dégoût, il y a la question du créateur et il y a les questions éthiques des limites de la médecine… Ça m’étonne que la figure imaginaire du médecin-créateur ne soit pas plus utilisée.
J’ai aussi beaucoup vu de débats sur si le film est féministe ou antiféministe, si c’était une volonté du réalisateur ou s’il se cache derrière un personnage féminin, si c’est plus ou moins féministe que Barbie… Personnellement, je n’ai pas pensé à ces questions en regardant le film, elles se posent surement, mais je trouve que le film pose plein d’autres questions qui m’intéressaient plus.
Les débats mentionnés ci-dessus sont aussi nourris par les scandales sur la quantité et crudité des scènes de sexe dans le film. Certains ont aussi dit que ça faisait du bien de revoir du sexe au cinéma. Honnêtement, je n’ai vraiment pas d’avis là-dessus. Les scènes sont burlesques, vraiment pas sexy. Est-ce qu’elles sont inutiles? Pas tout à fait. Est-ce qu’il y en a beaucoup? Il pourrait y en avoir moins. Je vous laisse vous faire votre avis.
Je ne peux pas dire que c’est mon film préféré, mais il faut saluer l’audace de Yórgos Lánthimos, qui s’amuse au cinéma et le remercier pour ce bonbon.
American Fiction de Cord Jefferson
Monk est un homme frustré, le plus récent manuscrit de ce professeur de littérature n'a pas trouvé preneur chez les éditeurs. Las de voir publiés et célébrés des récits de misère, du “trauma porn” selon lui, Monk rédige sous pseudonyme une parodie de ce genre prisé.
J’ai été le voir au cinéma avec un ami, on a eu des fous rires et on riait encore des blagues en sortant de la salle. Le film penche vraiment plus du côté de la comédie que du drame, parce que les moments un peu plus émouvants ne sont pas aussi bien réussis. Les acteurs sont pourtant très bons.
L’histoire est intéressante – surtout pour les gens qui aiment lire – et il y a de bonnes questions qui sont posées. C’est rafraichissant d’entendre parler du monde de la littérature et de l’édition.
C’est un bon film, je le recommande vivement pour passer un bon moment!
Mais je ne comprends pas bien pourquoi il est nommé aux Oscars, si ce n’est pour la catégorie pour laquelle il a gagné : « Best adapted screenplay ».
Un film basé sur un livre qui parle d’écriture! C’est un peu méta, un peu cliché, mais c’est toujours intéressant.
Maestro, Bradley Cooper
Le chef d'orchestre et compositeur américain Leonard Bernstein tombe sous le charme de l'actrice costaricienne Felicia Montealegre lors de leur rencontre en 1946. Cet amour complexe est aussi grandiose que téméraire.
Bradley Cooper voulait faire un chef-d’œuvre, mais il a été trop ambitieux.
Tout se veut prouesse artistique : utilisation du noir et blanc pour certains passages, scène de danse spectaculaire à la Broadway, scène du chef d’orchestre qui dirige un morceau pendant 6 minutes ! Mais aussi: dialogues hyper intellectuels, longueurs… C’est prétentieux et mollasson.
Au niveau du jeu d’acteur, Bradley Cooper a tout donné, il s’est entrainé pendant des mois auprès de chefs d’orchestre professionnels, il a changé son accent, il a porté une prothèse…
Bref, Bradley Cooper a vraiment voulu s’assurer de recevoir un Oscar, son film en a tous les ingrédients, malheureusement la recette n’est pas au point.
Il n’a rien gagné.
Je suis un peu triste, j’apprécie l’effort, le film est quand même visuellement beau et je le conseillerais surement… Aux grands romantiques.
Selon moi, le film aurait dû gagner pour son montage, ou au moins être nommé pour cette catégorie. C’est Oppenheimer qui a gagné. Je ne sais pas trop comment le jury juge de cette catégorie, ma suspicion est qu’un bon montage doit être invisible plutôt qu’être artistique.
Maestro a été nommé par contre pour « Best Original Screenplay », grossière erreur, c’est une des faiblesses du film selon moi. C’est Anatomy of a Fall qui a gagné. Je ne l’ai pas vu, mais c’est une histoire de meurtre, ce qui n’a pas l’air original à première vue…Ca donne encore plus envie de le regarder.
Killers of the Flower Moon, Martin Scorcese
Dans les années 1920, plusieurs membres de la tribu native amérindienne des Osages dans le comté d'Osage en Oklahoma sont assassinés après avoir trouvé du pétrole sur leurs terres. Le FBI mène l'enquête.
Encore une adaptation. Le livre a eu beaucoup de succès au Canada, l’histoire est intéressante. C’est un épisode historique de l’histoire des États-Unis (j’aime toujours ça !) qui implique l’histoire de gens des Premières Nations, et ça, c’est nécessaire, parce qu’il y en a très peu et qu’en Amérique du Nord on en demande beaucoup.
L’histoire est intéressante à adapter en film parce qu’elle implique des meurtres, de l’empoisonnement, une enquête policière, un jugement devant la cour, de l’amour, de la trahison… Il y a beaucoup à dire ou à montrer dans ce western, et c’est ce qui fait que le film est très long (3h 26min). Personnellement, ça ne m’a pas dérangée tant que ça, mais tout le monde s’en est plaint.
C’est vrai que l’histoire aurait pu être scindée en deux pour faire deux films. Il y a un changement de ton un peu bizarre au bout de deux heures.
Désolé pour les nombreux fans, mais le jeu d’acteur de Leonardo Dicaprio m’a vraiment dérangée, on sent que son accent est forcé, que ses grimaces sont forcées… Je ne sais pas si c’est volontaire, mais je ne vois pas pourquoi ça le serait. Son jeu contraste un peu trop avec celui de ceux qui jouent les Osages, tous excellents, et en particulier Lily Gladstone (qui joue la femme de Dicaprio). Ils jouent avec beaucoup de naturel et sont vraiment crédibles.
Leonardo n’a pas eu de nomination, Robert de Niro (qui joue un peu toujours le même genre de personnages) a été nommé dans la catégorie « Best actor in a supporting role » et a perdu en face du méconnaissable Robert Downey Jr. dans Oppenheimer.
Lily Gladstone a été nommée dans la catégorie « Best actress in a leading role », dommage pour elle, il y avait Emma Stone dans la même catégorie. Il n’y avait pas de doute qu’Emma Stone allait gagner: son rôle dans Poor Things est un vrai « rôle à Oscar ». Tout le monde est quand même un peu triste pour Lily.
Barbie, Greta Gerwig
Barbie, qui vit à Barbie Land, est expulsée du pays pour être loin d'être une poupée à l'apparence parfaite; n'ayant nulle part où aller, elle part pour le monde humain et cherche le vrai bonheur.
Ce film m’a vraiment déçue.
Pour reprendre les mots de ma sœur « C’est un film pour adolescente américaine qui a besoin d’un peu de motivation ». Oui après tout, Barbie c’est ça. À quoi on s’attendait?
Le casting était prometteur, l’équipe était prometteuse… J’ai cru que Barbie pouvait être plus que ça.
J’ai l’impression qu’aucune personne de plus de 20 ans n’est prête à avouer que ce film ne leur est pas destiné, tout le monde s’efforce de le défendre alors qu’il ne répond clairement pas aux attentes.
Le film a été nommé pour « Best Adapted Screenplay », c’est bizarre, mais le prétexte est que Barbie est un personnage préexistant. Ce qui est surtout bizarre c’est qu’il ait été nommé alors qu’il n’y a pas d’histoire. Ou alors c’est très mal écrit. En tout cas, j’ai rien compris. Le message du film est si simpliste qu’on dirait qu’ils ont effectivement demandé à une fillette de dix ans de l’écrire. Pour un film qui avait comme objectif de défendre les femmes, c’est vraiment décevant.
Le film a aussi été nommé pour ses costumes et ses décors, que j’ai aussi trouvés très décevants.
America Ferrera a été nommée pour « Best actress in a supporting role », alors que sa performance est du niveau d’une sitcom bas de gamme.
Ryan Gosling a été nommé pour « Best actor in a supporting role », alors qu’il a simplement fait le clown tout le long du film, comme si c’était un sketch de Saturday Night Live.
Barbie était aussi en liste pour « Best Picture », mais n’a gagné qu’un prix pour « Best Original Song » : une chanson de Billie Eilish que je n’aime pas spécialement.
J’ai trop critiqué. Pour finir sur une touche positive, on enchaine sur mon chouchou.
The Holdovers, Alexander Payne
Un instructeur maussade d'une école préparatoire de la Nouvelle-Angleterre reste sur le campus pendant les vacances de Noël pour garder une poignée d'étudiants qui n'ont nulle part où aller.
Le film de la liste que j’ai vu le plus récemment. J’ai longtemps pensé que c’était simplement une comédie de Noël, mais surprise surprise c’est une comédie de Noël exceptionnelle.
En fait, c’est une comédie dramatique et Noël est un peu un prétexte, mais c’est un film que je regarderais avec plaisir tous les ans. Un des meilleurs du genre, comme il n’y en a pas eu depuis longtemps, peut-être depuis It's a Wonderful Life.
Il se prête aussi à ce genre parce qu’il en partage certains thèmes: l’entre-aide, le pardon… Mais il y a beaucoup plus de choses que ça: une critique de la société, une leçon de vie… Je n’en dirais pas plus, je vous laisse découvrir ce film qui permet de remettre les choses en perspective, qui fait pleurer… Et beaucoup rire aussi!
La cinématographie et le rythme sont superbes, les dialogues sont excellents. Ghassan a fait la remarque que ça ressemble un peu à un bon film français. Effectivement, il diffère des films américains habituels, il est plus posé, il prend le temps.
Mention spéciale au jeu d’acteurs : Paul Giamatti est extrêmement attachant, Dominic Sessa, pour qui s’était le premier rôle sérieux, est franchement bon, et notre diva qui a gagné l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle, Da'Vine Joy Randolph. Après l’avoir vue 5 minutes à l’écran, je me suis dit qu’elle le méritait.
Il reste donc trois catégories que je n’ai pas encore couvertes.
Best Actor in a Leading Role a été gagné par Cillian Murphy pour Oppenheimer. Je ne suis ni émue ni surprise. J’aurais aimé que Paul Giametti le remporte, mais son rôle est un peu trop comique, pas assez sérieux pour les Oscars.
Dommage pour Bradley Cooper, il aura essayé.
Best Cinematography : encore une fois c’est Oppenheimer qui gagne. C’est mérité, la cinématographie est ce que j’ai préféré dans le film.
Il faut quand même souligner que de nos jours, c’est assez tendu dans cette catégorie, les Chefs Opérateurs font un travail incroyable. Poor Things, Maestro et Killers of the Flower Moon étaient aussi nommés.
Petite anecdote: la même année, le même chef opérateur a travaillé sur Barbie et Killers of the Flower Moon, deux films diamétralement opposés dans leur esthétique. Chapeau monsieur Rodrigo Prieto!
Best Picture : sans plus de surprise, c’est Oppenheimer qui l’emporte, face à lui, tous les films que j’ai nommés dans ce texte.
Je vous laisse juger de s’il le mérite ou pas.
Merci beaucoup de m’avoir lue, n’hésitez pas à me partager vos avis.
Et merci à Olivier de m’avoir motivée à écrire et de partager mon enthousiasme.
À bientôt!
Bérénice












Je partage à 1000 %, ton opinion sur Oppenheimer, le champion toutes catégories. C’est un bon film ? Certainement. Est-ce que j’ai beaucoup aimé ? Pas tellement. Pour tous les autres films, je sens que j’ai beaucoup de choses à rattraper. Je mesure combien tes critiques sont à la fois pertinentes, mesurées et sincères. Il faut une part de sincérité et de subjectivité, sinon la critique n’est qu’une dissection ; malheureusement, et tu le dis très bien, les critiques se veulent parfois tellement plus intelligents que tous les objets critiqués, avec une arrogance qui leur sert de balise