J’ai créé un Substack!
Quand? Quoi ? Pour qui? Pourquoi?
Il y a quelques années j’ai commencé à lire. J’ai commencé par lire des romans. Pendant les années Covid, je lisais des magazines sur internet. Les magazines ont éclaté en petits morceaux et certaines rédactrices se sont créé des Substack. C’est comme ça que j’ai découvert la plateforme.
Il y a quelque temps j’ai donc commencé à lire sur Substack.
J’ai tout de suite trouvé la plateforme innovante et je suis étonnée que ça n’ait pas pris plus d’ampleur. En même temps, ça s’explique. Rien qu’en observant autour de moi, je remarque que le visuel (les images, les photos, les vidéos), donc les plateformes comme TikTok et Instagram parlent à plus de gens que des pages pleines de mots.
J’aime Substack parce que je trouve ça intime. Quand tu « suis » un contributeur, ses « publications » arrivent directement dans ta boite email. Ça me donne l’impression d’avoir un accès privilégié à la personne qui écrit. C’est un peu comme avoir des nouvelles d’une amie. J’ai d’ailleurs des amis qui me donnent des nouvelles par email. J’aime avoir cette relation avec quelqu’un qui écrit, j’ai un sentiment similaire à celui qu’on a quand on lit un livre ou un bon article. Une vraie connexion.
Sur les plateformes visuelles comme Instagram, je n’ai jamais ressenti cette proximité avec un inconnu. Peut-être que c’est parce que les gens ne se livrent pas assez, jamais assez intimement et que c’est « fake ». Peut-être que les images permettent seulement d’entrer dans l’esthétique d’une personne, et ça s’arrête là. J’aime Instagram, J’aime le monde du visuel, je trouve ça intéressant, fascinant, mais très différent de ce qui se passe à l’écrit. Avec le visuel on a le Waouh, avec l’écrit on a quelqu’un qui nous chuchote dans l’oreille.
Cette année, j’ai commencé à lire des magazines en format papier. Pour mon anniversaire j’ai reçu un abonnement et mes magazines arrivent toutes les semaines par la poste. Avoir un magazine en main, ça te met dans une posture très différente de celle du lecteur penché sur son téléphone dans le métro. Tu as un choix prédéfini d’articles que tu peux lire, plutôt que de passer ta matinée à chercher celui qui méritera ton attention, parmi les milliers de titres accrocheurs proposés par l’algorithme. En tournant les pages du magazine, j’ai pu lire des critiques de livres, de films, des histoires courtes et des reportages sur des sujets que je n’aurais jamais pensé pouvoir m’intéresser.
J’ai commencé à lire des magazines en format papier dans une période où je me sentais vraiment seule avide de bonnes conversations, de stimulations. Ça tombait parfaitement. À travers le papier, j’ai rencontré plein de gens qui écrivent que j’ai trouvé géniaux et j’ai découvert plein de bons sujets de conversation dont j’avais envie de discuter… Mais avec qui?
Je n’arrive pas à choisir de mot pour définir les gens qui écrivent : auteurs, écrivains, journalistes ? Je ne connais pas assez bien ces distinctions et nuances, et pour l’instant ça ne m’intéresse pas vraiment. « Gens qui écrivent », permet de regrouper ceux qui travaillent sur des romans, des scénarios, des critiques, des poèmes, des colonnes humoristiques, des horoscopes, des reportages… Des gens avec des styles très différents. Le travail de tous ces gens m’intéresse. De la même manière que lorsqu’on me demandait : « Quel genre de film tu aimes? » et que je répondais : « les bons films ». Je peux dire que j’aime les choses bien écrites.
Cette année, j’ai commencé à écrire. Poussée à essayer d’écrire un scénario par un ami qui m’étonne toujours par sa confiance en moi, j’ai suivi un petit cours de scénarisation en ligne. Ce n’était pas vraiment un cours sur comment écrire un bon scénario mais un cours sur comment devenir un (bon) scénariste. Le conseil principal que j’en ai retenu, c’était : « Écris souvent ».
En réalité, le conseil c’était « Écris pendant 10 min tous les jours ». J’ai essayé, et comme tout qui demande de la persévérance et de l’assiduité, j’ai arrêté l’exercice au bout de 3 jours. Mais je n’ai pas arrêté d’écrire complètement.
D’abord motivée par l’exercice des 10 minutes par jour, j’avais acheté un cahier. Je me suis promis que celui-ci ne moisirait pas au fond d’une armoire comme tous les autres, alors je m’en suis servie. Je me suis mise à y écrire ce qui me passait par la tête. Parfois ce qui me passait par la tête c’étaient des idées de scénarios. D’ailleurs j’ai fini par écrire mon premier scénario, dont je suis vraiment fière! L'utilisation de ce carnet est plus proche du journal intime, qui est une activité qui a la mauvaise réputation d’être pour les adolescentes, mais qui prend beaucoup plus de sens lorsqu’on le tien en tant qu’adulte. Dans ce carnet je ne fais pas que des résumés de ce qui s’est passé dans ma journée, j’écris des extraits de conversations, de pensées, je fais des listes aussi. J’ai réalisé de cette manière qu’il y a plein de sujets dont j’aimerais parler. Mais comment, et à qui? Ce que j’écris dans mon cahier est chaotique et personnel, mais beau!
Au début de l’été, mon copain a acheté – initialement pour lui, mais il se doutait que ça m’intéresserait aussi – un livre que j’ai dévoré : « On Writing Well », écrit par William Zinsser. C’est un livre assez ancien, mais un livre de référence. L’auteur et moi on est devenu très copain. En tout cas j’étais d’accord avec lui et convaincue de tout ce qu’il propose; lui serait certainement encore très peu impressionné par mon niveau en écriture aujourd’hui.
Parmi ses idées que je partage, il y a une aversion pour l’utilisation d’un langage compliqué, l’usage de mots ou d’expressions inutilement prétentieux qu’il appelle « Clutter ». En français, par exemple, ce serait dire « une personne d’un certain âge » pour remplacer « un vieux » ou « une personne en situation de précarité » pour « un pauvre ». Zinsser parle d’une façon d’écrire lourde en euphémisme, un « verbal camouflage » utilisé par les entreprises pour cacher leurs erreurs, un jargon utilisé par les journalistes et les politiciens pour jeter de la poudre aux yeux des gens. Si on y fait attention, on remarque que cette façon de s’exprimer est présente partout.
Mais c’est d’abord, un livre incroyablement bien écrit, dont le but est d’apprendre à bien écrire. Il m’a donné envie de m’exercer et d’appliquer ses conseils.
Cet été, j’ai réalisé que je ne déteste plus mon style.
Avant, je me forçais à ne jamais me relire, parce que d’expérience, en me relisant, j’avais honte. Aujourd’hui j’y arrive. On est enfin copine moi et moi!
Ça peut paraitre futile, mais c’est important, parce que la façon dont j’écris est ce qu’il y a de plus proche de ma manière de penser et de ma manière d’être.
Dans « On Writing Well », l’auteur dit qu’il est inutile de s’efforcer de trouver un style pour embellir ses phrases et impressionner le lecteur. Lorsque c’est forcé, ça se voit, et on perd ce qui nous rend uniques. Il rajoute que le lecteur veut toujours que la personne qui lui parle ait l'air sincère, il faut donc rester soi-même. Et pour toutes les personnes qui écrivent, c’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire.
Assume that you are the writer sitting down to write. You think your article must be a certain length or it won’t seem important. You think of all the people who will read it. You think that it must have the solid weight of authority. You think that its style must dazzle. No wonder you tighten; you are so busy thinking of your awesome responsibility to the finished article that you can’t even start. – Extrait de « On Writing Well », Chapitre « Style ».
J’ai créé un Substack pour commencer à écrire plus souvent et plus sérieusement.
Au programme, il y aura des textes sur des sujets qui m’intéressent, parfois mon opinion sur des choses que j’ai vues, lues, entendues, peut-être des critiques de films complètes, peut-être des petits bouts de réflexions. Je vais parler de moi et de mon avis.
Voici 3 extraits de « On Writing Well », qui me motivent (dans le chapitre « Style »):
Writers are obviously at their most natural when they write in the first person. Writing is an intimate transaction between two people, conducted on paper, and it will go well to the extent that it retains its humanity.
“Who am I to say what I think?” they ask. “Or what I feel?”
“Who are you not to say what you think?” I tell them. “There’s only one you. Nobody else thinks or feels in exactly the same way.”
“But nobody care about my opinions?”, they say, “It would make me feel conspicuous”
“They’ll care if you tell them something interesting”, I say, “and tell them in words that come naturally.”
Believe in your own identity and your opinions. Writing is an act of ego, and you might as well admit it.
Et si vraiment personne ne me lit et tout le monde s’enfiche? Ce sera pas grave. J’écris pour moi-même.
Je n’arriverais jamais à deviner exactement ce que le monde aimerait lire. Je ne suis pas sûre que le monde le sache non plus. Je n’arriverais jamais à suivre l’actualité et les tendances. C’est pas toujours ce qui m’intéresse. J’écris principalement pour moi-même, parce que ça me fait du bien.
Cette année, ça n’allait pas trop. Ma mère m’a dit : « Tu te sentiras mieux quand tu retrouveras de l’inspiration ». Écrire en ce moment, ça m’aide à me sortir d’une mauvaise passe, ça me donne de la confiance en moi.
Pour m’exprimer et vider mon sac, j’aurais pu créer un podcast, c’est à la mode. D’ailleurs j’y ai pensé. Mais je sais que je n’y arriverais pas tout de suite. Créer un podcast ça demande vraiment beaucoup de confiance en soi. D’abord parce que c’est moins intime comme geste, j’aurais le sentiment de m’exposer me mettre à nu en public, alors que dans l’écriture je gribouille mes petits mots, roulée en boule au fond de mon fauteuil. J’écris pour moi-même alors que dans le podcast on parle pour que les autres nous entendent. Je n’ai jamais été très bonne à l’oral de toute façon, le podcast demanderait beaucoup de préparation… À l’écrit.
Pour une personne qui n’est pas encore assez confortable pour me confronter à l’opinion négative des gens. Je préfère écrire et ne pas être lue, que suivre la mode du podcast et ne pas être écoutée. Je ne sais pas pourquoi, j’aurais plus honte.
À l’époque des vlogs, j’écris un blog. Mais pour l’instant je me sens bien dans ce médium. En espérant que ça dure.
Souhaitez-moi bonne chance!
Bérénice
On the larger issue of whether the reader like you, or like what you’re saying (…) Don’t give him a moment’s worry. You are who you are, he is who he is, and either you’ll get along or you won’t. – Extrait de « On Writing Well », Chapitre « Audience ».







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